warewenna

VERDUN / VARENNES : étymologie

Un élément primordial : le bêtacisme ; quand Warenna devient (La) Barena.

Dans le mot « chorale, le « ch », dit graphème, correspond, non pas au même son (dit phonème) que ce même « ch » dans « choc » ou « chose », mais à la prononciation du simple « c » final de « choc ». Et le mieux pour sortir de ces contradictions de caractère purement graphique est de recourir à l’A.P.I. (Alphabet Phonétique International) où ces mots seront représentés respectivement par [kɔral], [ ʃɔk] et [ ʃoz], avec, dans les deux derniers, opposition, pour le graphème « o », entre ‘o ouvert’ ([ɔ]) et ‘o fermé’ ([o]).

C’est à la lumière de cette opposition entre graphèmes et phonèmes qu’il faut aborder le problème de ce qu’on appelle le bêtacisme, ce nom venant de ce que l’A.P.I. a choisi, pour rendre ce que certains appellent le ‘b gascon’ et d’autres le ‘b/v espagnol’, de le symboliser par [β], le bêta grec que l’on a dans alpha, bêta, etc. et qui, même écrit « b », se distingue phonétiquement du « b » classique du français commun (dans « brebis » par ex.), représenté directement par [b] en A.P.I..

C’est sur cette base que je suis encore allé consulter le site Gasconha.com où, après avoir déjà eu confirmation (par la requête |Gasconha.com « nom La Barbana »| de ce que j’avais déjà lu sur Wikipédia (v. p.13c, dernier §) à propos de La Barbanne (même lieu-dit, mais en français commun), j’ai également, pour l’avoir anticipée à partir de l’habituel varenne, trouvé la forme La Barena (via |Gasconha.com « Barène »| si l’on va sur la première page proposée). Autrement dit le bêtacisme fait que
– le gascon (La) Barbana correspond au normand Varvannes (pour lequel est attestée une forme WarwannaWarewenna) ;
– son (La) Barena vient de Varenna (prononcé ‘à la latine’ [waren’na] dans le « Varenna monasterium [Nièvre] » du « VIᵉ s. » cité sur https://deaf-server.adw.uni-heidelberg.de/?type=image&letter=g&column=247Barena et Varenna marquant tous deux la chute du [w] interne de Warwenna, autre forme (v. p. 12a), pour le même Varvannes, du Warwanna vu ci-dessus).

Mieux, on a accès, grâce à la page de Gasconha.com consacrée à Barène/La Barena, à une section de la carte de Cassini où le même lieu apparaît sous le nom – mixte, pourrait-on dire – Barenne. Et d’ailleurs la page admet qu’on pourrait avoir là l’équivalent de varenne (« semble avoir été francisé en ‘Varenne(s)’ » en ajoutant, avec un point d’interrogation, « Origine celtique var (eau)? », tout en évoquant la possibilité d’un rapprochement avec les « barene », « parties marécageuses à fleur d’eau de la lagune de Venise », d’autant plus qu’en Gascogne le mot a le sens de « marais désséché, lande marécageuse, bas-fond interdunaire ». Mais, d’après cette page, le problème qui empêcherait de concilier ces deux étymologies viendrait alors du fait que « à notre connaissance, le vénitien ne transforme pas le v en b » (disons plutôt le [w] en [β]), de sorte qu’il faudrait remonter soit à une racine comme celle des barene vénitiennes où le [b] devrait être posé comme un [b] natif, soit à un [w] (celui de Varenna) que son évolution aurait mené au [β] de Barena en Gascogne mais le plus souvent ailleurs au [v] de varenne.

J’avais déjà fait moi-même [voir aux pages 13a et 13b] ce rapprochement avec les barene vénitiennes (barena au singulier) et les deux pistes évoquées par Gasconha.com, loin d’être incompatibles, n’en font même qu’une pour la simple raison que, contrairement à ce qu’on lit sur ce site, le dialecte vénitien connaît le même bêtacisme ([w]> [β]) que le gascon. Pour les références, consulter la NOTE 8 que j’ai ajoutée à la page 13a de ce site (ex. de vocaboli > bocaboli), d’où il ressort aussi qu’il s’agit d’une évolution très ancienne qui justifierait qu’on remonte à la langue des Vénètes après leur romanisation plutôt qu’au vénitien, d’autant qu’à la page 13c (passage en gras de la NOTE 12) et à propos des Vénètes d’Armorique cette fois, il est question de « Venetis ([wεnεtis]) devenu en bas-latin Benetis ([βεnεtis]) avant de passer au nom actuel de Vannes », avec donc typiquement l’évolution [w]> [β] > [v].

Reste à voir maintenant la configuration topographique de ce secteur de (La) Barena/Barenne et en quoi elle peut être rapprochée de celle des barene vénitiennes désignant, comme le dit Gasconha.com à sa page Barène, les « parties marécageuses à fleur d’eau de la lagune de Venise ». Ici je mettrai en jeu trois cartes; à savoir la carte de Cassini, la seule où apparaisse le toponyme Barenne dans ce secteur, celle de l’Etat Major et bien sûr l’actuelle carte IGN comme référence. Mais je partirai de la seconde, plus facile à comparer avec celle de Cassini, à cause d’un mode de représentation du relief à peu près identique et de la présence de certaines indications ne figurant pas sur la carte IGN comme M[oul]ins de Pichebin, ceux-ci étant disparus. Le mieux pour cela est de cliquer sur CartesXVIIIetXIX  pour activer le lien. Au vu des deux cartes mises face à face, on ne peut que constater l’inexactitude de cette section de la carte de Cassini : voir par ex. l’endroit où apparaît le nom de la rivière du Gabas au haut de chaque carte, l’endroit plus au Sud (disons Sud-Est pour la carte de Cassini) où se situe(nt), sur l’île formée par la subdivision du Gabas en deux bras, le(s) Moulin(s) de Pichebin (on n’en compte encore qu’un à l’époque de Cassini) et surtout – car c’est fondamental pour la suite – la réduction des deux vallons figurant sur la carte de l’Etat-Major (un débouchant à hauteur dub– de Pichebin, l‘autre étant visible sous le –gde Largounès) à un seul sur la carte de Cassini. Néanmoins, on retrouve sur les deux cartes la commune de Pimbo et, entre autres, l’île évoquée au-dessus (en partie couverte par la forêt sur la carte de Cassini), avec, sur un des deux bras qui l’enserrent, le(s) moulin(s) de Pichebin . Et, pour expliquer le Barenne  de la carte de Cassini, avant même de chercher à localiser exactement l’endroit concerné, il suffit de voir, grâce à la carte de l’Etat-Major, le nombre d’îles, d’îlots et surtout de zones marécageuses qui parsèment la vallée du Gabas. On a donc toujours bien là le résultat de  l’évolution Warewenna > Warwenna > Warenna > Varenne (Barenne, Barène, La Barena en cas de bêtacisme), le tout attesté et signifiant ‘zone de terrains aqueux’ comme les barene vénitiennes « parties marécageuses à fleur d’eau de la lagune de Venise », pour  reprendre ici la citation déjà faite de Gasconha.com à sa page Barène.
Mieux, on peut situer exactement l’endroit que la carte de Cassini désigne par Barenne. C’est tout simplement la butte sombre isolée à laquelle est collé le B- de son Barenne et qui est placée au confluent entre le Gabas et le ruisseau qu’il représente comme prenant sa source vers la hauteur où est figuré Pimbo. Une rectification toutefois : elle devrait être dessinée au-dessus du confluent (sur la butte avancée bien visible sur la carte de l’Etat-Major) et non en-dessous. L’erreur de la carte de Cassini est d’ailleurs le résultat de celle que j’ai déjà soulignée en signalant la réduction des deux vallons figurant sur la carte de l’Etat-Major à un seul sur la carte de Cassini. La carte moderne de l’IGN avec ses courbes de niveau atteste que le monticule en question (dont l’altitude se situe entre 120 et 125 m) est séparé du relief environnant par ce que les randonneurs nomment une « selle » (ici, juste au-dessus de 120 m), en fait un collet intermédiaire où un chemin reliant les deux vallons au niveau de leur débouché (soit entre 110 et 120 m) est rejoint par un autre venant de la butte où est Largounès, comme on le voit aussi sur la carte de l’Etat-Major [NOTE 1].

Mais pourquoi Cassini a-t-il donné à ce monticule une forme pentagonale ? D’après la légende de sa carte de France, on a là la figuration d’un château-fort. Et si elle est entièrement en noir, c’est que, même au temps de Cassini, ce château n’existait plus car il avait été entièrement détruit à l’époque des guerres de religion, comme il ressort du site de la ville de Pimbo où l’on peut lire : « Les guerres de religion furent marquées par la campagne dévastatrice de Montgomery […] » et « la Collégiale, la Bastide, le château fort et les portes de la ville sont en 1569 complètement détruits par le vandalisme des protestants ». Mais Barenne continuera à apparaître, comme nom de fief au moins, dans certains patronymes et, si on fait la requête |«Seigneur de Barenne»|, on obtient 7 résultats dont l’un cite directement de « PROUÈRES-THÉAUX (DE) Seigneur de Barenne à Pimbo (1645-1750) » [NOTE 2].

Enfin, qu’est-ce qui a pu valoir à ce château d’être désigné par Barenne ? Cela peut déjà s’expliquer par la même raison qu’on a vue en NOTE 2 justement pour l’expression « Pentes de Barène » au sens de ‘pentes donnant directement sur la plaine de Bare(n)ne [Varenne(s) en français commun], d’autant que si on revient  à CartesXVIIIetXIX, on peut constater que le domaine non seulement donnait sur le bras du Gabas alimentant les Mins de Pichebin et donc sur l’île que celui-ci formait avec l’autre bras, mais aussi que la butte qu’il occupait (entre 120 et 125 m) dominait une zone marécageuse (et même un marais trilobé sur la carte de l’Etat-Major) située dans la plaine et résultant du fait qu’arrivait là depuis les hauteurs de Pimbo un ruisseau encore représenté sur la carte IGN moderne où il conflue avec le Gabas nettement en-dessous de l’île comme c’était déjà le cas sur la  carte de Cassini [NOTE 3]. A quoi on peut ajouter que ce château, avant qu’il ne soit détruit au XVI ͤ  s., permettait de surveiller le gué tout proche (à 400 m) qui permettait de franchir le Gabas (voir CARTEXXI)

[NOTE 1] Sur la carte de Cassini, la tache noire située au-dessus du cours du seul vallon figuré correspond, comme souvent, à la situation d’un hameau qui, dans le cas présent, est celui de Nauhert, situé au bas d’un ‘rentrant’ d’une tout autre croupe, celle où se situe Gabasbie(i)lle, comme il ressort des deux cartes ; et elle n’a pas la forme pentagonale dont il est question juste après.

[NOTE 2] Même si, sur les cartes accessibles par remonterletemps.ign.fr,  il ne figure que sur la carte de Cassini, le mot Bare(n)ne au sens de Varenne(s) est attesté pour le même secteur ; il suffit pour le constater de cliquer sur le lien suivant.|Domaine Les Pentes de Barène – Pimbo|. Le domaine (viticole) correspondant apparaît au centre de la carte. Mieux, si, après avoir réduit le panneau latéral (◄) et demandé à passer en photographie aérienne (par un clic sur le carré en bas à gauche), on suit la D111 depuis l’endroit où est figurée la limite entre PYRÉNÉES-ATLANTIQUES et LANDES, on s’aperçoit qu’on traverse d’abord la vallée du Gabas, puis qu’on monte (d’où le grand détour de la départementale) jusqu’au croisement avec la D371, en haut de la croupe où se situe Pimbo et que de là, en tournant à droite, on arrive à cette commune et aussi au domaine dénommé « les Pentes de Barène ». Autrement dit, ce domaine est situé en haut du versant donnant sur la vallée  du Gabas et l’expression « Pentes de Barène » est à comprendre au sens de ‘pentes menant à la plaine dite de la Barenne’ (Varenne), tout comme, sur la carte moderne de l’IGN, on peut lire à l’est de Pimbo « Coteau du Moulin » au sens de ‘coteau donnant sur le moulin’, celui-ci étant sur ladite carte figuré (et mentionné sous la forme « le Moulin ») tout au bas, sur le Gabas même. Mieux encore, si l’on revient au carrefour D111-D371 rencontré plus haut, mais cette fois pour suivre la D371 jusqu’au croisement suivant et si, là, on prend le chemin à gauche (qui suit presqu’en parallèle le haut de la carte), on tombe sur un autre chemin, ce nouveau croisement se situant au niveau de ce que j’ai décrit (juste avant le renvoi à la NOTE 1) comme le « collet intermédiaire où un chemin reliant les deux vallons [pour désigner ceux qui sont réduits à un seul sur la carte de Cassini] [… etc…] est rejoint par un autre venant de Largounès » [celui qu’on vient d’emprunter]. Et si on s’imagine, au niveau de ce croisement, continuer tout droit au lieu de tourner à gauche ou à droite, on se retrouve sur la butte avancée où était le château de Barenne. On a là une petite parcelle boisée au Nord comme au Sud, avec une zone inculte entre les deux, et qui correspond exactement, si on y ajoute le ‘cou’ de la ‘tête de cerf’ formée par la parcelle cultivée voisine, à ce qui est figuré comme une butte isolée (et fermée) sur les CartesXVIIIetXIX  déjà vues et qu’il suffit de revoir [en s’intéressant bien sûr à la carte de l’Etat-Major (1820-1866) où on trouve les mêmes chemins et où on voit qu’à l’époque la parcelle correspondant à l’ancien domaine seigneurial s’étendait jusqu’au bras du Gabas alimentant les « M{oul}ins de Pichebin » et enserrant avec l’autre bras (voir R{uisse}au) l’ancienne île qui, sur la photographie aérienne, apparaît au même endroit en couleur gris foncé et avec la même forme de ‘poisson à tête coupée’].
[NOTE 3} Rappelons que sur la carte de Cassini il manque à cette hauteur un vallon et que c’est ce qui lui a fait représenter (le château de) Barenne en-dessous de ce  confluent. Par ailleurs, en aval de cette zone  marécageuse (encore figurée en pointillé sur la carte de 1950), les cartes autres que celle de Cassini, ne figurent plus un cours naturel pour cet affluent, car à ce niveau (entre 110 et 105 m) on lui avait substitué un chenal d’évacuation permettant, lorsque le marais en venait à déborder, de conduire les eaux en excédent vers le cours du Gabas. La comparaison de ces cartes permet d’ailleurs de voir qu’au cours du temps ce chenal a été redessiné (dans son tracé effectif comme dans sa représentation). Voir le tracé rectiligne de ce cours aval artificiel sur la CARTE XXI.

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